Randonnée à Lyon

Compte-Rendu :

Ce mardi matin 16 octobre (très tôt), ce sont de nouveaux horizons que 16 Randouvéziens ont décidé de découvrir, à l'initiative de Michel, notre guide, qui nous emmène vers la ville où il a passé quelques années : Lyon. Le concept de « rando-city » tend, en effet, à se développer et permet d'aller à la rencontre du riche patrimoine de nos villes tout en sacrifiant à l'une de nos activités préférées, la marche à pied... l'alliance du culturel et de l'activité physique (cela ne signifie pas que nous randonnons « bêtement » dans les Baronnies et sur le Ventoux où nous prenons tant de plaisir!). En tout cas, une grosse journée en perspective dont Michel a concocté le programme dans les moindres détails.
Le départ sera donné « sous la queue du cheval » de Louis XIV, Place Bellecour, où nous devons retrouver Gérard, Renée et Mireille (une Lyonnaise). Quant à nous, nous nous y rendons par le métro depuis le Stade de Gerland où les véhicules ont été astucieusement stationnés pour une totale liberté de mouvement dans cette grande cité. Une chance pour le groupe, la météo est parfaite avec un beau ciel bleu et une température très agréable : ce Michel a décidément le don de tout prévoir ! Trois petits tours autour de la statue du monarque (« Le Cheval de Bronze »), due au travail du sculpteur Lemot, aux pieds de laquelle se trouvent les allégories de la Saône et du Rhône, sculptées respectivement par les frères Nicolas et Guillaume Coustou. Plus loin, à l'angle de la place, l'une des plus grandes de France, la statue plus modeste d'Antoine de Saint-Exupéry et du Petit-Prince rappelle que l'écrivain était lyonnais. Cette place, haut-lieu de la vie locale, fut le théâtre d'évènements dramatiques en 1944 avec l'exécution de cinq Résistants par la Gestapo... Moins gravement, ici se tient chaque année un grand concours de boule... lyonnaise (« la longue »). Un regard sur ces belles façades bourgeoises avant de nous diriger vers les quais de Saône et la passerelle qui enjambe le fleuve.
Et déjà, la perspective vers la Basilique de Fourvière et de la « Tour Eiffel » miniature nous laisse entrevoir une partie du programme, mais n'allons pas trop vite. Passons devant le Palais de Justice monumental et sévère, comme il se doit, et faisons une halte devant les ruines du complexe épiscopal mérovingien sur lequel fut construite la Cathédrale Saint-Jean (ou Primatiale Saint-Jean-Baptiste-et-Saint-Etienne) dont la visite est inscrite dans notre périple. Ce magnifique édifice de pierre blonde, que les travaux de nettoyage ont rendu à sa couleur d'origine, resplendit dans la lumière du matin. La visite en sera plus rapide que prévu, car des travaux importants de restauration empêchent de voir la partie où se trouvent de très beaux vitraux. Néanmoins, nous pouvons profiter des parties visibles de cette belle cathédrale construite en partie en style roman et achevée pendant la période gothique. Pour l'anecdote, c'est ici que se marièrent Henry IV et Marie de Médicis en 1600. Autre anecdote, plus triste, l'horloge astronomique du XIVème siècle fut endommagée sérieusement en 2013 par un déséquilibré au motif qu'elle empêchait la concentration des fidèles pendant les offices !
Nous nous acheminons ensuite vers la Rue Saint-Jean, la plus pittoresque sans doute du vieux Lyon. A n'en pas douter, l'un des quartiers les plus typiques et touristiques de la cité avec ses « traboules ». Mais, en préambule à cette lente pérégrination à travers le quartier, un arrêt s'impose dans la cour de la Maison du Chamarier, jouxtant une pâtisserie dont les effluves matinales caressent les narines : cette cour élégante offre au regard une belle galerie, ses fenêtres Renaissance ainsi qu'une tour d'angle abritant un escalier. Une fontaine élégante attribuée à Philibert Delorme complète le décor. Le passage devant la vitrine du pâtissier ne manque pas d'attirer quelques gourmands dont la vue de spécialités lyonnaises agace les papilles... Passons et à quelques pas d'ici faisons connaissance avec le lion majestueux installé dans la cour du Musée des Miniatures et Décors du Cinéma, Place de la Basoche. Tout le charme de cette petite place réside dans ses façades patinées de rose auxquelles les arcades donnent une agréable respiration.
Puis Michel nous emmène dans ce dédale de passages couverts dont certains restent ouverts au public. Le terme de traboule vient du latin « trans ambulare » (marcher à travers, traverser) et correspond bien à l'usage qui en était fait à l'origine, c'est-à-dire aller d'une rue à l'autre. On en rencontre à Lyon mais aussi dans quelques autres villes de la région. Elles furent construites à la Renaissance sur le modèle des patios romains avec leurs galeries et le puits dans la cour. C'est ainsi que partant de la Rue Saint-Jean nous nous retrouverons dans la Rue du Bœuf (le mal nommé car il possède encore des attributs incontestables !), puis la Rue des Trois Maries, puis les Quais de Saône... et ainsi de suite, à en perdre la boule, ou tout au moins le sens de l'orientation. Le parcours sera agrémenté de quelques arrêts pour y détailler ici un escalier, là une belle galerie ou encore des ferronneries travaillées, de jolies patines ocres ou roses... Les rues présentent des vitrines originales, celle du Club Cyclotourisme dont le vélo Peugeot de 1911 rappelle les grandes heures du début du cyclisme ; un artisan travaillant la soie qui retient l'attention de nos élégantes et leur fait une démonstration de ses talents ; un photographe et ses vieux appareils ; un marchand de disques vinyl ayant retrouvé un enregistrement du Petit Prince par Gérard Philippe ; les restaurants nombreux, les bouchons, cuisine lyonnaise oblige...
Suivront encore, près de la Place Saint-Paul, la Maison Thomassin du XIIIème siècle, le Temple du Change ancienne Bourse du Commerce désormais dédié au culte protestant, la maison du créateur de Guignol Laurent Mourguet. Dernières haltes remarquables avant de nous acheminer vers les hauteurs : la galerie sur trompes Philibert de l'Orme (ou Delorme), curiosité et prouesse architecturale; la Tour Rose désormais luxueux hôtel-restaurant, étape prisée des célébrités ; sans oublier la Rue Punaise, ancien égout du Moyen-âge, à ciel ouvert, dévalant la colline... Nos photographes se régalent et ce n'est pas fini... Vient l'heure de l'effort : l'ascension de la colline de Fourvière par la Montée du Gourguillon sur les pavés disjoints (pour les sportifs, 53 mètres de dénivelée sur 400 mètres). Au bas de la rue, dans une ruelle perpendiculaire, des maisons à pans de bois sont encore visibles. Une légende dit que, en 177, le flot du sang des martyrs chrétiens dévalant la colline serait à l'origine du nom de la rue (gurges sanguinis), mais les tortures eurent lieu à l'amphithéâtre des Trois Gaules, sur une autre colline !
Ouf ! Nous sommes au sommet ! Enjambant les corps des nombreux étudiants faisant la pause du midi sur les marches d'accès aux ruines romaines de Lugdunum, nous profitons ensuite de la somptuosité de ce site, d'où la vue sur la ville est magnifique. Michel nous a trouvé un endroit ombragé, au-dessus du Théâtre antique, pour poser nos sacs et sacrifier maintenant aux nourritures terrestres : que demander de plus ?... Une gorgée de vin ? Il suffit de tendre son gobelet !... La sieste ? N'en demandez pas trop !... Et c'est reparti, empruntant la voie aux larges pavés que les Romains nous ont laissée intacte, vers la Basilique de Fourvière.
Construite sur l'emplacement de l'ancien forum romain de Trajan, là où une petite chapelle fut édifiée en 1168, la basilique fut terminée en 1884. Cependant, l'intérieur ne sera terminé qu'en 1964, notamment ces immenses fresques et certains vitraux. Il serait trop long de décrire ici par le détail, cet édifice remarquable dans tous les sens du terme car Notre-Dame-de-Fourvière devenue l'un des symboles de la Ville de Lyon est visible de très loin et les nombreux automobilistes qui empruntent encore les quais de Saône ne peuvent la manquer ! On y vient de très loin, la preuve en est qu'une mariée chinoise (ou japonaise ? allez savoir) se trouve là attendant sans doute un prêtre ou des photographes. Chacun à son rythme et son inspiration découvrira le monument mais je suis sûr que la plupart d'entre nous aurons fait une dévotion particulière devant la belle fresque de Saint-Jacques de Compostelle, notre saint préféré, dans la crypte de la basilique, avant d'aller profiter du panorama de l'esplanade qui offre la plus belle vue sur la ville, la pointe Bic de la Part-Dieu et l'agglomération. L'un de nos Randouvéziens originaire de Lyon, absent aujourd'hui, aurait, selon une source très fiable, fait ici sa déclaration d'amour !... N'insistez pas, je n'en dirai pas plus.
Passant près de la « Petite Tour Eiffel » (ou Tour métallique de Fourvière, édifiée en 1894, sans lien avec sa grande sœur et son illustre constructeur), nous allons rejoindre les quais de Saône par l'escalier qui traverse le Parc des Hauteurs. Un jeune touriste asiatique semble très amoureux de sa compagne à l'entrée du parc : l'atmosphère doit vraiment être vivifiante sur cette colline ! Nous allons donc déambuler jusqu'au fleuve que nous traversons sur la passerelle Saint-Vincent qui mène à la Rue de la Martinière où se trouve la Fresque des Lyonnais... De Bernard Pivot à l'Empereur Claude, en passant par les Frères Lumière, l'Abbé Pierre ou Frédéric Dard (alias San Antonio), ils sont tous là ! Il faut se tordre le cou pour en apercevoir certains et c'est un jeu que de les reconnaître et les photographier.
Ne nous attardons pas trop, il reste encore beaucoup de choses au programme : en route vers l'Amphithéâtre des Trois Gaules par un escalier en bas duquel deux lions nous saluent. C'est dans cet amphithéâtre que furent suppliciés des chrétiens et Sainte-Blandine, la plus célèbre de ces martyres, en 177. Il fait chaud, les jambes sont lourdes, une petite pause au sommet avant de poursuivre jusqu'au Gros Caillou, point de rendez-vous des Croix-Roussiens, où une terrasse nous accueille. La Croix-Rousse, autrefois commune indépendante, rattachée à Lyon en 1852, connut un développement et un changement considérables avec l'arrivée des Canuts, les travailleurs de la soie, dont la révolte fut l'une des premières insurrections sociales ouvrières... Le premier Conseil de Prud'Hommes n'a-t-il pas été créé ici même ! Nous allons donc en découvrir les arcanes... Nous redescendons vers la ville en explorant quelques cours et lieux caractéristiques. C'est ainsi que, dans la Cour des Voraces, nous regardons avec curiosité cet escalier remarquable par sa conception particulière qui ne ferait pas honte aux maîtres de l'architecture moderne... D'ailleurs, les élèves d'une école d'architecture assis sur les marches de ce lieu, sont en train d'en détailler la structure sur leurs carnets de dessin.
Nous irons ainsi de surprise en surprise dans ce quartier chargé d'histoire, dont les traboules sont moins connues et très différentes de celles du Vieux-Lyon. Les hauts immeubles autour de cours en puits de lumière hébergent désormais une population de « bo-bos » qui en ont fait un quartier à la mode. Une crèche au nom de Chardonnet rappelle le nom de celui qui inventa ici la soie artificielle. Continuant la descente par tous ces escaliers et galeries qui constituent un vrai labyrinthe où notre guide essaie de ne perdre personne, nous nous rapprochons de la Place des Terreaux par le Passage Thiaffait, la Place des Capucins, la Rue Sainte-Marie des Terreaux.
Et, sans transition, la belle place avec ses immeubles hausmaniens nous apparaît : l'Hôtel de Ville, le Musée des Beaux-Arts et la fontaine monumentale de Bartholdi (Le Char Triomphal de la Garonne... Mais oui, elle était destinée à l'origine à la ville de Bordeaux !) dont les fougueux chevaux maîtrisés par une femme sur son quadrige semblent vouloir bondir sur nous. Là encore, ce lieu fut le témoin de faits historiques et notamment l'exécution de Cinq-Mars qui complota contre Richelieu : les Lyonnais, dit-on, éviteraient de traverser la place en son centre, là où eut lieu l'exécution. Nous en avons plein les yeux des merveilles de cette cité ! Ce n'est pas fini car nous passons vers la Place Louis Pradel (ancien maire de Lyon) où une fontaine très moderne fait contraste avec la précédente. L'Opéra, immeuble classique, a été rehaussé et coiffé d'un toit contemporain en demi-tonneau dessiné par Jean nouvel. Plusieurs statues modernes, dont le Patineur de César (ou « L'Homme du Futur »), agrémentent ce lieu animé où se croisent piétons, cyclistes et rollers... Une autre époque, en somme.
Le voyage à travers la ville et ses différentes époques se terminera par la descente de la Rue de la République où la société de consommation reprend ses droits avec ses nombreux magasins aux multiples enseignes. Cette artère relie la Place Pradel à la Place Bellecour et fut ouverte en 1862 à l'initiative du Préfet Vaisse (baptisée initialement Rue Impériale). Elle reste l'une des rues commerçantes les plus importantes de France, voire du monde. Le siège de la Chambre de Commerce se reflétant sur la façade d'un immeuble couverte de vitres a fait le bonheur de nos photographes. C'est ici que fut poignardé le Président de la République Sadi Carnot le 28 Juin 1894 ! Que de péripéties ! Par le Passage de l'Argue nous continuerons notre plongée dans le monde du shopping pour arriver à la Place des Jacobins où les margelles de la fontaine représentant quatre personnalités des arts lyonnaises permettront de nous poser pour une photo de la famille Randouveze.
Après un passage sur la Place des Célestins où trône le théâtre, retour vers la Place Bellecour et... dernière pause sur un muret où, bien sagement assis en rang, avec pour horizon le slogan en lettres capitales « ONLY LYON », nous allons récupérer en attendant l'heure du dîner ! Quelqu'un aura-t-il compté le nombre de places traversées, de traboules explorées, d'escaliers montés et descendus ? Mais que de belles choses aurons-nous vues, une découverte pour certains, en si peu de temps. Que Michel en soit remercié chaleureusement... Hé bien allons fêter cela Chez Chabert ! La cuisine lyonnaise riche et copieuse clôturera la journée plaisamment et joyeusement... Ah non ! J'allais oublier qu'il fallait retrouver nos voitures... Le métro va nous reconduire à Gerland directement... Ou presque, car de malencontreux travaux nocturnes viendront nous perturber et nous finirons le trajet en bus... Mais nous parviendrons à retrouver le chemin de la Drôme et du Vaucluse.
G. Langlois.

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